Le yoga, ça sert à quoi?

Pour certains, leurs réponses furent apportées rapidement. Bien que parfois similaires et se recoupant, aucune d’entre elles ne se ressemblaient. Chacune d’entre elles avec quelque chose d’unique, d’intime. Pour a part, la grande majorité de mes enseignants m’ont appris la chose suivante : le yoga ne sert à rien. Le yoga n’a pas de but. On vous répétera souvent que c’est le chemin le plus important et non la destination. C’est probablement la réponse que j’aurais jeté au visage de n’importe qui me demandant de répondre dans la minute, mais comme les conversations virtuelles ont la beauté de nous laisser la liberté du temps de réponse, et de la réflexion, je me suis prêtée à l’exercice. Pourquoi donc moi, yogini, je pratique le yoga ? A quoi donc est-ce que cela sert ? Si je n’avais pas la conviction profonde que le yoga apporte à mes élèves, pourquoi l’enseignerais-je ?

Et puis un soir, en triant mon téléphone je revois une capture d’écran d’un post d’Elena Brower qui m’avait particulièrement touchée et que j’avais mise de côté : « Only your neutrality can heal you » / « Seule ta neutralité de guérira ». Voilà où se trouvait ma réponse. Le yoga sert à redevenir neutre. Chaque pratique permet à l’être de se rééquilibrer à différent niveau. Sur mon tapis, je suis moi, dans mon plus simple élément. Je n’ai que mon corps et mes qualités humaines. Je n’ai aucun artifice, aucun mensonge me permettant de fuir ou de contourner la situation. Seuls avec moi, mon corps, mon humilité, et ma nature première sont là pour me permettre d’exercer ma seule et unique tâche telle que je suis dans le moment présent: pratiquer. C’est alors que se joue un jeu d’équilibre entre l’égo, le mental, l’âme, et que chacun s’aligne pour constituer mon moi profond. Tous s’accordent pour se débarrasser du non nécessaire – la journée, la colère, les pensées inondantes, l’égo mal placé – et avec la sueur et l’effort je fais peau neuve, je redeviens neutre.

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Un peu plus tard j’ai lu dans le livre de Pema Chödron « Conseil d’une amie pour les temps difficiles » la phrase suivante : « les découvertes que permet la pratique n’ont rien à voir avec le fait de croire en qui que ce soit. Elles ont beaucoup plus à voir avec le courage de mourir, mourir sans cesse ». Le mot « mourir » est fort, et renvoie à beaucoup de nos peurs, mais je l’entends de cette façon : pratiquer nécessite le courage d’abandonner. Le corps ne manquera pas de vous sanctionner si vous le malmenez en refusant de laisser mourir votre égo mal placé à la frontière de votre tapis. Les équilibres ne se stabiliseront pas tant que vous n’accepterez pas de laisser mourir vos pensées, votre journée, votre mental. Vos flexions arrière et vos hanches ne vous permettront pas de cacher sous le tapis les vieilles blessures, les cicatrices et les traumas, il faudra la laisser partir l’ancienne personne un jour blessée, à qui appartenait ces douleurs…. Il faudra laisser mourir notre état d’expérience d’une posture pour en aborder une autre.

Mais avant tout, pour moi, plus que de mourir sans cesse, le yoga et la neutralité qu’il nous permet est avant toute chose l’occasion de renaître sans cesse. Si je m’éteins à chaque respiration passée, je renais à la suivante.

Sur les fondations de mon état de neutre, de qui je suis dans mon moi le plus primaire et intime, le yoga me donne l’opportunité de choisir et d’être. Je fais peau neuve du non nécessaire, de ce qui ne m’appartient plus, et je nourris cette peau de ce à quoi j’aspire. Cette expérience de pouvoir mourir et renaître, cette possibilité de redevenir neutre à tout moment permet d’aborder la vie avec beaucoup plus de simplicité, moins de culpabilité et d’appréhension et me donne accès à un des plus beaux droits humains, la liberté de l’échec et le droit à l’erreur. Comme toute chose de la nature, rien en moi n’est fixe, et il m’est facile de revenir en arrière et de redevenir neutre chaque fois où par erreur ou aléas extérieurs, se seront installés la colère, l’égo, la peur, la tristesse… Redevenir neutre souvent, c’est également avoir l’opportunité de mieux se connaître tel que l’on est en dehors de toutes nos identités sociales et (pré)établies et ainsi, cultiver l’amour de soi.

Pema Chodron

Et si, comme Pema Chödron l’écrit, accepter de « mourir sans cesse » demande énormément de courage, l’expérience de renaître est tout aussi forte. Si vous le souhaitez, lors de votre prochaine pratique, essayez de l’aborder comme la toute première, respirer comme votre première respiration, toucher la terre comme si vous la touchiez pour la première fois, écoutez et ressentez en savasana votre cœur comme s’il émettait son premier battement. Osez redevenir neutre car la personne que vous êtes au plus profond de votre nature mérite très certainement d’exister plus souvent.